Réflexion sur une phrase qui blesse plus qu’elle n’éclaire. On l’a tous entendue. Certains l’ont dite. D’autres l’ont reçue de plein fouet. Et pourtant, rarement on s’arrête pour réfléchir à ce qu’elle révèle vraiment…


Si tu n’es pas content(e), retourne dans ton pays !

C’est ce qu’on dit à une personne québécoise de naissance qui a l’air immigrante. Une personne qui porte le Québec dans son accent, dans son histoire, dans son identité… mais dont le visage, la peau ou le nom suffisent encore à la maintenir dans une case : tu n’es pas d’ici, pas vraiment.

Si tu n’es pas content(e), retourne dans ton pays !

C’est ce qu’on dit à une personne immigrante établie ici depuis des années. Parfois des décennies. Et qui ose se prononcer sur une loi ou une décision politique qui la concerne directement. Comme si son expérience, sa contribution et son attachement à cette société n’avaient aucune valeur.

Si tu n’es pas content(e), retourne dans ton pays !

C’est ce qu’on dit à un Québécois ou à un résident non blanc qui exerce pourtant un droit fondamental : la liberté d’expression.

Critiquer, remettre en question, vouloir mieux. N’est-ce pas là une preuve d’implication, et non d’ingratitude ?

Si tu n’es pas content(e), retourne dans ton pays !

C’est ce que craignent plusieurs familles dans les milieux éducatifs.

Elles hésitent à exprimer leurs préoccupations, de peur qu’on les juge, qu’on les invalide ou qu’on les renvoie symboliquement ailleurs… Alors qu’elles demandent simplement ce que tous les parents souhaitent : le meilleur pour leur enfant.

Si tu n’es pas content(e), retourne dans ton pays !

C’est aussi ce que redoutent certains collègues au travail. Qu’on les accuse de «ne pas être reconnaissants, qu’on les infantilise, qu’on interprète leur désaccord comme une menace plutôt qu’un dialogue.


Ce que cette phrase dit réellement

Elle ne parle pas d’intégration. Elle ne parle pas d’harmonie sociale. Elle parle de conditions d’appartenance :

  • Tu peux être ici, mais seulement si tu te tais.
  • Tu peux être ici, mais seulement si tu ne déranges pas.
  • Tu peux être ici, mais seulement si tu corresponds à ce que j’ai décidé qu’un Québécois doit être.

Mais une société n’évolue jamais quand elle demande le silence. Elle évolue quand elle accueille la parole.


Et si on changeait de posture collective ?

Et si, au lieu de dire Si tu n’es pas content (e), retourne dans ton pays, on disait plutôt :

  • « Parle-moi de ton histoire et de ton point de vue. »
  • « J’aimerais comprendre. »
  • « Ton expérience compte ici. »

Parce que le Québec n’est pas fragile.

Il est capable. Capable d’écouter. Capable de se remettre en question. Capable d’inclure.

Et surtout, il est capable de reconnaître que plusieurs histoires peuvent coexister sous un même drapeau.

La question n’est donc pas : Qui est d’ici ?

La vraie question est : Qui a le droit de parler d’ici ?

Et si la réponse était :

  • tout le monde qui y vit, qui y contribue, qui s’y investit, qui s’y sent concerné.

Parce que l’on construit une société ensemble. Pas en demandant à certains de garder le silence.

Si tu n’es pas content(e), retourne dans ton pays !

Par Jolette Côté, conseillère sur les mécanismes d’exclusion sociale et en immigration et les relations interethniques